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L’une des activités sportives les plus pratiquées au Brésil est certainement  la marche à pied. Tôt le matin ou après la journée de travail, les gens marchent, tout seul, en couple, entre amis. Que ce soit sur la promenade de Copacabana ou dans le village le plus reculé, les gens enfilent leurs chaussures et tenue de sport et marchent.

Maria aussi marche ; Maria a 75 ans, est enseignante à la retraite,  et elle marche tous les jours, tôt le matin.

Maria habite chez sa fille, dans un quartier à l’entrée de Timóteo, le premier quartier que l’on traverse quand on sort de la route nationale. Pas de trottoir sur cette route, simplement un marquage au sol qui délimite le bas côté.

Comme tous les jours, Maria part marcher tôt, elle marche sur cette route qui longe la rivière Piracicaba.

Sa fille est déjà à l’usine quand on l’appelle à 7h30 pour lui annoncer qu’un camion vient de faucher sa maman, qu’elle n’a pas survécu.

Le corps de Maria va être autopsié, c’est comme ça en cas d’accident, et sera rendu à la famille à 18h, puis 19h, puis 20h ! Des collègues de la fille de Maria vont faire intervenir le médecin de l’usine, pour faire avancer «  les choses ».

Il est 21h15 quand la dépouille de Maria arrive enfin. L’église n’a pu être libérée car il y a une messe… Alors nous allons nous recueillir dans l’annexe de l’école, qui devient très vite trop petite et il faudra déplacer le petit cercueil de Maria dans la salle de classe à côté, en poussant tables et en empilant les chaises d’écolier. Je ne sais pas si Maria a enseigné dans cette classe… Ses copines sont venues à pied, dans ces rues mal éclairées, lui dire au revoir, la toucher une dernière fois. Un filet médical maintient le visage tuméfié de Maria, un autre filet recouvre le cercueil. Trois couronnes sont posées derrière le cercueil, faites de feuilles de palmier et de fleurs en papier crépon. Peu de pleurs mais beaucoup de gens discutent sans que ça semble irrespectueux, tout le monde se connaît, c’est comme ça, la mort fait partie de la vie…

Demain matin, à 7h30, Maria fera son dernier voyage dans ce quartier de Timóteo, pour aller au cimetière. 24heures, c’est la durée maximum entre le décès et l’inhumation. Et certainement que ses copines retourneront marcher sur cette même route, demain ou après-demain…